Depuis sa création, l’Atelier de la Fratrie est une aventure humaine extraordinaire. Bien au-delà des vêtements, elle symbolise l’amitié, la persévérance, le dépassement de soi… un combat de tous les instants pour proposer des produits qui nous ressemblent, et qui vous parlent. Mais l’âme d’une entreprise est bien souvent transmise par son créateur, et Nicolas Tesson, curieux de nature, n’y est pas étranger. Entreprendre, c’est se lancer, prendre des risques, et bien souvent, sortir des sentiers battus. Et lorsque Nicolas a une chose en tête, il ne le fait jamais à moitié.
Depuis 2022, un projet lui tient à cœur. Le mot est faible sans doute, disons que ce projet l’obsède, tant par l’amour qu’il lui porte, que par la difficulté qu’il représente : créer sa propre gamme pour le vélo. Car un projet de cette envergure, pour une structure de cette taille, choisissant le made in France et les produits de qualité, se révèle être très complexe. Mais rien n’est impossible. Les idées d’identité visuelle prennent déjà forme, les recherches d’atelier de fabrication sont quant à elles plus compliquées entre les non réponses, les refus ou les productions non adaptées, et ce n’est que plusieurs années plus tard, en octobre 2025, que le projet trouve ses fondations. En Normandie, à quelques heures du Mans, un atelier de fabrication ouvre ses portes à l’ Atelier de la Fratrie pour de plus amples réflexions.
Une avancée notable, qui continue son chemin durant plusieurs mois, avec la création des prototypes, le choix des matières, et une attention à tous les détails qui feront la différence. Et plus le projet avance, plus Nicolas peine à se contenir. Fabriquer sa propre gamme de cyclisme est une chose, mais les tester est aussi important que toute autre étape de production ! Nicolas s’interroge, non sans une certaine délectation, sur le meilleur moyen de tester la gamme. Et si… on testait la gamme sur une longue durée, avec une épreuve exigeante ? Et si… on testait la gamme pendant 24H ? Après tout, pour une entreprise du Mans, quel meilleur choix que de participer à l’épreuve reine qui a rendu la ville mondialement connue ! C’est décidé. L’Atelier de la Fratrie et sa nouvelle gamme de cyclisme fera les 24H Vélos. Mais pour une épreuve de ce calibre, il faut s’entourer des bonnes personnes. L’union fait la force.
Alors que la fabrication des prototypes avance, Nicolas propose à son premier membre d’équipe de participer à la folle aventure. Karl, ami depuis plusieurs années et binôme tant professionnel, sportif, que dans la vie de tous les jours : “Karl, tu veux faire les 24H vélo avec moi ?” Il accepte sans broncher. Et sans vélo ! Mais une telle opportunité ne se présente que très rarement, et il faut savoir les saisir. L’équipe dispose désormais de 2 membres, et s’inscrit officiellement à l’épreuve, avec de grandes ambitions. Il faudra attendre mai pour convaincre les deux autres compagnons. Clément rejoint les rangs, fort de plusieurs années de vélo et d’une passion indéfectible pour celui-ci, au même titre que Thibaud, qui lui, accepte de participer, sans monture adéquate.
Afin de préparer une telle épreuve, l’équipe fait face à quelques difficultés pour ses entraînements dû à leurs professions respectives. Tandis que Thibaud vit à Angers, etClément en dehors du Mans, seuls Nicolas et Karl parviennent à s’entraîner régulièrement ensemble, permettant de créer les premiers automatismes, un rythme, et un lien toujours plus fort. Les premiers tests grandeur nature seront révélateurs. Du Mans à la Baule, Nicolas et Karl appréhendent ce qu’une telle épreuve implique véritablement. Les crampes, la fatigue et le mental sont mis à rude épreuve, mais rien ne décourage une équipe soudée. D’Angers à Saumur, ou depuis leurs domiciles respectifs, chacun des membres de l’équipe prend la mesure du défi, et progresse à son rythme.
Et pendant que l’équipe se prépare, la gamme cyclisme ne demande plus qu’à voir le jour. Prévue à la sortie quelques jours avant la date fatidique des 24H vélo, les premières images de la collection ne tardent pas. Après une première tentative de shooting avec Karl, annulée suite à des pluies diluviennes, c’est finalement en pleine canicule, sous 42 degrés, que nos sportifs enfilent le maillot. Vêtements running et tenue de cyclisme défilent devant les caméras, et concrétisent toujours plus ce projet de longue date.
Début juillet, l’équipe de l’Atelier de la Fratrie est plus motivée que jamais. Thibaud achète son vélo de route 1 mois et demi avant l’épreuve (du stress ? Jamais !) et les premières informations sur le déroulé de l’épreuve font leur apparition. Chaque membre de l’équipe devra réaliser 6h de course, afin de boucler les 24H. Au choix des équipes, la longueur des relais sera d’1H30 chacun, afin de favoriser un meilleur repos et de limiter la durée de chaque relais. 1H30 représentant environ 40km, les relais sont alors basés sur la majorité des entraînements réalisés jusqu’à présent. D’un autre côté, la stratégie de relais se base sur un fonctionnement en duo. Tandis que Nicolas et Karl, fonctionnant parfaitement ensemble, débutent l’épreuve et roulent le lendemain matin, Thibaud et Clément, complémentaires selon leur niveau d’expérience, suivront pour les relais 3 et 4, ainsi que pour une partie de la nuit. Bien que très physique, les 24H vélos nécessitent autant de réflexions tactiques afin de répartir correctement les efforts, et d’optimiser son repos !
A la veille de la course, les derniers préparatifs s’entament. L’Atelier de la Fratrie investit sa loge, qui accueillera amis, familles, clients et partenaires tout au long de l’épreuve, au plus près de la piste et au sein même de l’équipe. Collection de l’Atelier, lounge, suivi de temps en direct et table de massage, la loge est un véritable QG ou chaque personne, membre de l’équipe ou supporter, prend la mesure de l’événement. Après un repas avec toute l’équipe, ainsi qu’avec Amaury et Hugo, gestionnaires des réseaux sociaux, et Arthur, photographe du week-end, l’Atelier de la Fratrie vit sa dernière nuit.
Samedi matin, 8h. L’équipe débarque au Circuit Bugatti. Un premier pas dans l’ambiance incomparable du mythique circuit des 24H du Mans. Après un déchargement des vélos, la première péripétie ne tarde pas à apparaître ! Roue avant crevée pour Nicolas. Karl, mécanicien de formation, s’en charge avec l’enthousiasme qu’on imagine, quelques heures seulement avant le début de l’épreuve, et la reconnaissance du circuit. Celle-ci se déroule sans accroc, bien que la pluie, très chère amie du Mans et des 24H, s’invite doucement sur le circuit, et pour un long moment.
14H. Les 660 équipes se dirigent sur la piste pour la procédure de départ. Une ligne infinie de coureurs, hommes et femmes, courageux et courageuses, prêts à vivre un moment intense comme rarement dans une vie. Et comme toute épreuve Mancelles des 24H qui se respecte, le départ type Le MANS se fera à pied, et en courant vers son vélo ! Imaginez. 660 coureurs, partant à l’unisson au signal, sur une piste détrempée, avec des chaussures à cales, et un espace infime pour monter sur son vélo. La voici, la première épreuve, et c’est Karl qui la surmontera. 15H. Tandis que Nicolas tient fermement le vélo de Karl, le décompte gronde dans les tribunes. 10…9…8…7… Le stress disparaît peu à peu, laissant place à une excitation débordante, un instant de réalisation. Quelques millisecondes durant lesquelles les 4 dernières années de travail et de préparation refont surface. Le départ est lancé. Les 660 coureurs s’élancent vers leurs vélos à toute allure. Quelques chutes, mais Karl tient bon. Il enfourche son vélo et lance la grande aventure des 24H dans un rythme effréné. La scène est impressionnante. Pros et amateurs mélangés, ce départ groupé symbolise à merveille la force du sport et la beauté de ce dernier.
Durant 1H30, Karl réalise une dizaine de tours, avec un rythme impressionnant. L’excitation et l’effervescence de l’événement, ainsi que les encouragements du public lui donnent des ailes. Et bien que sous la pluie durant la totalité de son relais, il échappe aux glissades et mauvaises chutes, fréquentes dans cette première partie de course. Nicolas se tient déjà prêt à prendre son relais, et enfourche son vélo après quelques mots échangés et le fameux passage de balise. Plus de pluie, et une concentration à toute épreuve. Les sourires et les rires ne disparaissent pas, mais le regard est différent. Déterminé, conquérant. Équipés de la tenue verte et blanche, les membres de l’équipe sont facilement repérables parmi les innombrables participants. Après Nicolas vient Thibaud, puis Clément, et ainsi de suite. Les mises en jambes sont complexes, mais quelques tours suffisent à jauger l’ampleur de l’épreuve. Mais attention : une course de 24H ne montre sa véritable nature qu’à la nuit tombée.
Et la nuit, c’est autre chose. Vers 1h du matin, la musique s’arrête. Pas progressivement. D’un coup. Et avec elle, quelque chose change sur le circuit. Les tribunes se vident, les encouragements se raréfient, et cette énergie collective qui portait les relais depuis le départ laisse place à quelque chose de beaucoup plus silencieux. De beaucoup plus solitaire. C’est dans ces moments-là qu’une épreuve de 24 heures vous livre sa beauté, et sa complexité. Pour Karl, le deuxième relais est le plus difficile. La fatigue s’est installée, les crampes reviennent, et chaque tour de circuit se négocie un peu plus âprement que le précédent. Mais Karl repart pour un troisième relais. Parce que c’est comme ça quefonctionne une équipe. Du côté de Nicolas, le deuxième relais se passe plutôt bien. Le troisième est une autre histoire. Peu de spectateurs, une ambiance réduite à son strict minimum, et cette fatigue qui ne demande qu’à prendre le dessus si on lui en laisse l’occasion. On pédale. On compte les tours. On pense à autre chose, puis on arrête de penser, et on pédale encore.
À partir de 3h du matin, Thibaud et Clément prennent le relais. Ils alternent, 1h30 chacun, dans la nuit et le silence du circuit. Et à chaque passage, Jean-Philippe est là. Qui masse, encourage, et remet chacun sur pied pour le relais suivant. Certaines personnes ne pédalent pas, mais elles font avancer l’équipe autant que n’importe qui. Le jour finit par se lever. Comme il se lève toujours, après toutes les nuits, même les plus longues. La fatigue est là, réelle, dans les jambes et dans la tête. Mais quelque chose d’autre aussi. Cette sensation particulière qu’on ne trouve que dans les efforts partagés, dans les nuits traversées ensemble, dans les moments où on aurait pu s’arrêter et où on a choisi de continuer.
Les derniers relais s’enchaînent. On ne cherche plus la performance. On cherche la ligne. Et puis elle arrive. Après plus de 20 heures, Nicolas passe la ligne d’arrivée. Et en une fraction de seconde, tout remonte. Les recherches d’atelier depuis 2022, les échanges en Normandie, les patrons, les matières, les tournages sous la canicule, les entraînements entre Le Mans et La Baule, les crampes de Karl, la roue crevée le matin même, les 45 minutes sous la pluie avant le départ, la musique qui s’arrête à 1h du matin. Tout. Clément passe la ligne d’arrivée à son tour. L’équipe est au complet. 24H. Nous avons réussi. Les maillots et cuissards ont tenu toutes leurs promesses. Sur la pluie du premier relais, sur la nuit, sur la fatigue, sur les 24 heures. Ce que nous avions imaginé, fabriqué, testé et espéré pendant des années a fait exactement ce pour quoi il avait été conçu. Mais ce que nous retenons de ces 24 heures n’est pas là. Karl qui dit oui sans vélo. Thibaud qui achète le sien un mois et demi avant. Jean-Philippe qui ne dort pas de la nuit pour que ses gars tiennent debout. Les sorties improvisées, les longues discussions à imaginer les relais et ce weekend, les rires avant le départ, les silences à 3h du matin, les regards qui en disent longs entre chaque relais, les accolades entre équipiers et cette ligne que l’équipe franchit tour à tour, après tout ça.
C’était une première fois pour nous quatre. Le début d’un nouveau chapitre. Et c’est exactement pour ça qu’on ne l’oubliera jamais





